résistance citoyenne pacifique mais ferme, et invite à « ne pas laisser passer » ces actes, évoquant la nécessité de responsabiliser individuellement chaque acteur présent, des vétérinaires aux forces de l’ordre.
L’actrice Béatrice Rosen, très émue, s’interroge : « On mobilise autant de forces de l’ordre pour trois vaches, alors qu’il y a des enfants agressés devant les écoles, des trafics de stupéfiants partout ? » Elle dénonce une société qui « marche sur la tête » et s’inquiète du message envoyé aux générations futures.
Virginie, éleveuse déjà passée par une vaccination forcée de son cheptel, apporte son soutien : « On se bat tous les jours pour prendre soin de nos animaux. Voir ce qu’ils sont capables de faire, c’est une catastrophe. Tous nos droits sont bafoués. » Elle annonce son intention de porter plainte nominativement contre chaque personne entrée sur sa propriété.
Au-delà du vaccin : un modèle paysan en péril
Pour Ananda, le débat dépasse largement la question vaccinale : « Ce qui se joue, ce n’est pas le vaccin en soi, c’est la liberté d’une éleveuse qui a été piétinée par neuf cars de CRS. » Il rappelle que la ferme de Christelle Record représente un modèle exemplaire : petit cheptel, polyculture-élevage, circuits courts, avec une épicerie locale générant 650 000 euros de chiffre d’affaires en produits du terroir.
« L’agriculture est en état de siège depuis près d’un siècle par une agro-industrie dont l’objectif est d’éradiquer la paysannerie », analyse-t-il. Le modèle paysan, avec sa diversité et son ancrage territorial, échappe au contrôle industriel — contrairement aux monocultures et aux élevages intensifs de 40 000 poules.
Autre paradoxe relevé : les éleveurs n’ayant pas vacciné leur cheptel se voient interdire l’accès aux abattoirs et aux routes départementales, les empêchant de fournir leurs clients. Un étranglement économique qui contraint certains à jeter l’éponge et à envoyer l’ensemble de leur troupeau à l’abattoir.
Une mèche allumée
Malgré l’amertume de cette journée, Ananda veut croire que « la bataille est déjà gagnée sur le fond » : « La question, c’est dans combien de temps. » Il regrette néanmoins l’absence des syndicats agricoles — FNSEA, Coordination rurale et même Confédération paysanne — aux côtés de Christelle Record, et appelle à dépolitiser le combat pour rassembler largement autour de la défense de la petite paysannerie.
Hélène Banoun conclut en saluant le courage des paysans mobilisés : « Ce ne sont pas des victimes, ce sont des combattants contre le totalitarisme. Dans l’histoire, lorsque paysans et ouvriers s’allient, c’est là qu’il y a des révolutions. »