Sommaire
Quand Egor est parti
La première saison sans lui
La force qui surgit quand on s’y attend le moins
À son retour
Quand Egor est parti
Egor est parti à moto en octobre, après la récolte des pommes de terre et le brûlage des fanes derrière le jardin. Il m’a laissé une maison au toit qui fuyait et où flottait encore le doux parfum d’une autre femme sur la taie d’oreiller.
Je l’ai regardé s’éloigner du portail, sa valise attachée au cadre et un tas d’outils qu’il n’avait quasiment jamais utilisés. Le moteur a vrombi un peu plus loin dans le virage, puis s’est tu. Je suis restée là, dans mes bottes en caoutchouc, mon foulard de travail sur la tête, à écouter les corbeaux croasser au-dessus du champ désert.
Tout le village savait qu’Egor allait souvent chez Nastya, la jeune et ravissante vendeuse. Je n’ai pas pleuré. Je ressentais seulement un étrange vide, comme si on m’avait arraché quelque chose et que la douleur viendrait plus tard. Pour l’instant, je suis rentrée, j’ai enlevé mes bottes et j’ai mis de l’eau sur le feu.
La première saison sans lui