Contre toute attente, quelques-uns avaient même du mal à citer une phrase issue de leur propre essai peu après l’exercice. Les auteurs évoquent alors l’idée d’une « dette cognitive ». Le principe est simple. Utiliser un outil pour alléger ponctuellement une tâche peut être très efficace, mais lui déléguer systématiquement les étapes qui nécessitent de chercher, organiser, formuler et mémoriser pourrait réduire l’investissement cognitif. C’est justement parce que trouver ses mots, hésiter, corriger une phrase ou construire soi-même un raisonnement demande un effort que ces opérations participent à l’appropriation d’une information. L’une des observations les plus étonnantes est apparue lorsque les chercheurs ont modifié les conditions de l’expérience.
Après plusieurs sessions réalisées avec l’aide de l’intelligence artificielle, certains participants ont dû reprendre l’exercice sans ChatGPT. On aurait pu imaginer que leur niveau d’engagement cérébral soit immédiatement similaire à celui des personnes habituées à travailler seules. Ce n’est pourtant pas ce qui a été observé. Leur activité cérébrale demeurait globalement moins importante que celle du groupe qui n’avait jamais bénéficié de l’assistance de l’IA. Une différence qui suggère que la manière dont nous nous habituons à accomplir une tâche pourrait compter autant que l’utilisation ponctuelle de l’outil elle-même. Faut-il pour autant fermer ChatGPT et ne plus jamais lui poser une question ? Les chercheurs ne vont pas jusque-là. Ces résultats restent préliminaires, concernent un échantillon restreint. Ils ne permettent surtout pas d’affirmer que quatre mois d’utilisation provoquent des dommages cérébraux durables. Ils invitent plutôt à réfléchir à notre manière d’utiliser l’intelligence artificielle.