Il existe une dynamique troublante mais omniprésente dans notre société : aucune industrie, organisation ou cause chargée de résoudre un problème ne le résoudra véritablement, car la disparition de ce problème menacerait directement sa survie économique ou son pouvoir politique. Ce phénomène s’observe dans de multiples sphères, des organisations à but non lucratif qui sollicitent constamment des dons sans jamais produire de résultats définitifs, jusqu’aux plateformes numériques de notre quotidien.
Prenez l’exemple des applications de rencontre. Récemment, il a été mis en évidence que la plupart de ces plateformes ont abandonné les formats qui permettaient réellement aux gens de trouver des partenaires à long terme (comme les questionnaires de compatibilité approfondis). À la place, elles ont adopté des algorithmes conçus pour vous empêcher de trouver la bonne personne. La logique financière est implacable : un utilisateur qui trouve l’amour quitte la plateforme et cesse de payer. En revanche, un utilisateur frustré mais accroché, qui passe des heures chaque jour à chercher, devient une source de revenus durable. Dès qu’une entreprise a prouvé la rentabilité de ce modèle prédateur, elle a racheté ses concurrents pour leur imposer la même approche, un phénomène largement documenté par des enquêtes de Groundwork Collaborative, de NPR, ou encore par l’abandon des questionnaires chez eHarmony, modifiant fondamentalement la psychologie des rencontres en ligne et transformant l’amour en un service par abonnement sans fin. Cependant, face à la dégradation de l’expérience, les entreprises qui ont monopolisé le marché commencent à perdre beaucoup d’utilisateurs et d’argent, suggérant qu’un tel cycle finit par s’essouffler.