Il a traversé des hivers glacés, des étés étouffants, une révolution, une pandémie. À 63 ans, il enfilait encore sa combinaison de protection blanche, celle qui rendait chaque respiration difficile, et il conduisait. Ses collègues l’avaient surnommé « Vasile Chronomètre ». Avec lui au volant, l’ambulance gagnait systématiquement trois minutes sur le trajet. En urgence, trois minutes, c’est une éternité. Trois minutes, parfois, c’est une vie.
Une retraite aussi discrète qu’une carrière dans l’ombre
Son départ en retraite a été à son image : simple, sans fanfare. Ses collègues ont organisé un petit rassemblement dans le garage de la station. Un gâteau, quelques mots du chef, un diplôme encadré gravé de la mention « Pour 40 ans de dévouement ».
Vasile a retenu ses larmes pour ne pas montrer son émotion aux plus jeunes. Il a pris son diplôme, est monté dans son vieux Dacia Logan et est rentré chez lui. Quarante ans de service. Tout s’est terminé un banal mardi après-midi.
Le visiteur du samedi matin
Cinq semaines plus tard, un samedi, on frappe à la porte. Vasile ouvre et découvre un homme d’une quarantaine d’années, bien habillé, une belle voiture garée devant l’immeuble. Il ne le reconnaît pas.
L’homme se présente : Andrei Munteanu. Autour d’un café préparé par Elena, la femme de Vasile, il commence à raconter.
En 1994, Andrei avait 11 ans. Il roulait à vélo quand une voiture l’a renversé. Hémorragie interne grave. Les médecins ont dit à sa mère que si l’ambulance était arrivée cinq minutes plus tard, il n’aurait pas survécu. Pendant le trajet, le conducteur avait ouvert la vitre de séparation et lancé simplement : * »Madame, tenez-lui la main. Parlez-lui, ne le laissez pas s’endormir. Le reste, c’est mon affaire. »*
Ce conducteur, c’était Vasile.