Isabelle de Montclair était connue dans toute la France comme la « Reine des Glaces » de l’immobilier de luxe.
Élégante, implacable, inaccessible : à Paris, Cannes et Courchevel, son nom ouvrait des portes restées fermées aux autres. Pourtant, derrière ses robes impeccables et ses bijoux anciens, Isabelle dissimulait une douleur que même la richesse ne pouvait effacer.
Vingt-deux ans plus tôt, sa fille unique, Léa, avait disparu. Elle n’était qu’une petite fille, et ce soir d’été, lors d’une fête religieuse en Normandie, un instant d’inattention avait suffi pour que le landau soit vide. Depuis, Isabelle avait tout essayé : détectives privés, anciens policiers, recherches partout, annonces dans les journaux, pistes rouvertes puis abandonnées. Rien. Pas la moindre trace.
Il ne lui restait qu’un souvenir : un fin collier en or avec un pendentif en forme de croissant, réalisé sur mesure et gravé au dos d’une minuscule phrase : « I & L pour toujours ».
Cette perte avait tout changé. Isabelle était devenue encore plus froide, plus dure, presque cruelle. Son grand hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine était impeccable en tous points, mais même là, un silence pesant régnait, ponctué d’ordres chuchotés et de regards furtifs.
Un matin de novembre, une nouvelle femme de chambre arriva : Élise Martin, vingt-deux ans, orpheline d’un petit village de la Creuse. Timide et toujours sur ses gardes, elle semblait vouloir se faire la plus discrète possible.
Les premiers jours, elle commit deux erreurs sans gravité. Un verre cassé dans la cuisine, puis un vase d’eau renversé sur les chaussures d’Isabelle. La réaction de la propriétaire fut glaciale :
« Êtes-vous devenue maladroite, ou simplement incompétente ? »
Dès cet instant, Élise vécut dans la crainte. Elle s’efforçait de passer inaperçue, travaillant lorsque la maîtresse de maison était occupée et se déplaçant dans les couloirs comme une ombre. Mais quelque chose dans cette maison semblait la rendre, aux yeux d’Isabelle, plus agaçante que les autres.