L’inconnu s’assit à la place de Grand-père. Sa femme le suivit, évitant mon regard. Brandon resta debout.
J’aidai Grand-père à se tourner vers l’allée. L’excitation avait disparu de son visage, et cela me faisait plus mal que de perdre nos places.
Avant même d’atteindre le bout de la rangée, Brandon nous interpella.
Il ouvrit un vieux sac à dos bleu délavé et en sortit un brassard de capitaine. Le tissu était presque gris, orné d’un ancien écusson du club.
« Il appartenait à mon grand-père », expliqua Brandon. « Il le portait à chaque match. »
Puis il regarda son père.
« Mon grand-père disait toujours qu’un capitaine doit céder sa place avant de prendre celle de quelqu’un d’autre. »
Un silence de mort s’abattit sur toute la tribune.
PARTIE 2 : LE GARÇON QUI S’EST LEVÉ
Le père de Brandon lui ordonna de s’asseoir, mais le garçon refusa.
« Tu as dit que ce monsieur ne se souviendrait pas d’aujourd’hui », dit Brandon. « Je crois que grand-père aurait honte de nous. »
Personne ne rit ni n’applaudit. Le silence était plus lourd que des cris.
Brandon se retourna vers Jeremy et lui tendit le brassard.
« Mon père ne le mérite plus. Je pense que toi, si. »
Grand-père observa le garçon longuement. Puis il enroula délicatement les doigts de Brandon autour du tissu délavé.
« Si votre grand-père portait ça à chaque match, ça vous appartient. »
Brandon secoua la tête, mais Grand-père refusa de le prendre.
Une femme derrière nous se leva et exigea qu’il regagne son siège. Un autre supporter la rejoignit, suivi d’une personne de l’autre côté de l’allée.
L’inconnu finit par s’éloigner. Sa femme le suivit sans dire un mot.
Pourtant, Grand-père ne se rassit pas immédiatement.
« Le match va commencer », dit-il. « Je ne veux pas que quelqu’un le rate à cause de moi. »
Brandon monta sur la marche en béton et leva le brassard.
« Ce monsieur a attendu toute sa vie un match comme celui-ci », annonça-t-il. « Si vous pensez qu’il mérite une meilleure vue, veuillez vous lever. »
Pendant une seconde, rien ne se passa.
Puis une personne se leva.
Une autre suivit.
En quelques instants, presque toute la section était debout.
Un steward arriva, s’attendant à des problèmes, mais trouva plusieurs inconnus proposant leurs places à Grand-père. Un couple près de l’avant changea de place, et le steward nous trouva des places encore meilleures.
Grand-père s’assit entre Brandon et moi.
L’homme arrogant et sa femme retournèrent à leur rangée initiale. Personne ne les fit sortir. Leur punition fut de devoir regarder la foule choisir la personne qu’ils avaient congédiée.
Au coup de sifflet, Grand-père se pencha en avant comme un homme beaucoup plus jeune. Brandon souriait chaque fois qu’il commentait la formation, disant qu’il parlait exactement comme son propre grand-père.
À la mi-temps, ils discutaient tactiques comme s’ils se connaissaient depuis des années.
Le père de Brandon les observait d’en haut. Sa colère s’était dissipée. Il ne restait que la lente constatation que son fils semblait plus heureux auprès de Grand-père que lui ne l’avait été auprès de lui.
À la pause, il descendit et demanda à Brandon s’il pouvait porter le vieux brassard pendant la seconde mi-temps.
Brandon le regarda attentivement.
« Pas aujourd’hui, papa. Tu ne l’as pas encore mérité. » La réponse le blessa visiblement, mais pour une fois, l’homme ne protesta pas.
Grand-père se pencha vers Brandon.
« Il fallait du courage pour ça. »
« C’était horrible », admit le garçon.
« C’est souvent le cas, fiston. »
PARTIE 3 : JUSQU’AU COUP DE SON FINAL
La seconde mi-temps commença mal.