Pourquoi a-t-on parfois l’impression de tomber dans le vide juste avant de s’endormir ?

D’un côté, le système de l’éveil, centré sur la formation réticulée du tronc cérébral, travaille à maintenir le tonus musculaire et la vigilance. De l’autre, le système du sommeil, impliquant notamment le noyau préoptique de l’hypoamuthals, s’active pour inhiber progressivement ce système d’éveil et initier la cascade des événements menant au repos. Durant cette période de transition, le contrôle n’est pas totalement tranché. Il peut y avoir des regains d’activité du système d’éveil, de brèves résurgences de vigilance.

L’hypothèse principale est que la secousse hypnagogique correspond à une dernière décharge motrice du système d’éveil, un ultime sursaut avant de céder définitivement la place. Mais la scène est déjà en train de changer : le cerveau a déjà amorcé son activité onirique. Pris dans cette logique de rêve naissant, il interprète cette décharge motrice inattendue comme une sensation cohérente avec un scénario en construction : celle d’une chute. En réponse à cette illusion, il ordonne une contraction musculaire brutale, un réflexe de rattrapage, qui nous réveille aussitôt. C’est la rencontre, ou le court-circuit, entre deux mondes neuronaux qui ne communiquent plus tout à fait.

L’hypothèse du rêve : quand le cerveau interprète mal la relaxation

Une seconde hypothèse, complémentaire, s’intéresse à ce qui se passe dans notre corps pendant cette transition. À l’approche du sommeil, et plus particulièrement en prévision de la phase de sommeil paradoxal (qui peut survenir très tôt lors de l’endormissement), le cerveau envoie un signal puissant pour induire l’atonie musculaire. Ce mécanisme, essentiel à notre sécurité, paralyse nos muscles principaux pour nous empêcher de mettre en acte nos rêves.

Imaginez maintenant la séquence : vous vous relaxez profondément. Le signal d’atonie est envoyé, provoquant une brusque et complète détente musculaire. Simultanément, votre esprit navigue déjà dans les paysages flous et narratifs de la phase hypnagogique. Ce cerveau légèrement « déconnecté » de la réalité sensorielle immédiate perçoit la soudaine perte de tonus, cette sensation de relâchement, mais l’interprète de travers. Dans sa logique onirique émergente, cette sensation devient la preuve d’un événement : tomber dans le vide. Pour corriger cette « chute » hallucinée, il commande en urgence une forte contraction musculaire, un ordre de se rattraper, qui se manifeste par le sursaut caractéristique et vous ramène brutalement à la conscience.

Dans les deux cas, la myoclonie d’endormissement apparaît comme le résultat d’un malentendu cérébral, une erreur d’interprétation à la frontière de deux états de conscience.

 

Sensation de chute, sursaut du corps avant de sombrer dans le sommeil… Vous n’êtes pas seul, et voici quelques pistes explicatives. © Eva_Katalin, iStock

 

Secousses hypnagogiques : facteurs favorisants et signes d’alerte